Après quelques jours de repos à Agadir, nous avons décidé de continuer le voyage vers ce qui sera finalement l’une des plus exceptionnelles parties de notre voyage: l’Anti-Atlas à vélo. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre, que ce soit en termes de dénivelé, de paysages, de rencontres… On se lance dans l’inconnu. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on a hâte de découvrir la zone qui nous a beaucoup fait rêver en préparation, et cette étape ira bien au-delà de nos espérances.
Vers l’Anti-Atlas: d’Agadir à Tafraoute à vélo
D’agadir à Imi Mqourn
C’est la fin de notre parenthèse de confort au Riu Tikida Palace Agadir, au standard très différent de nos lieux d’hébergement habituels. C’est avec des jambes (presque) 100% reposées après 4 jours sans vélo que l’on rééquipe les vélos, et on se remet en selle. On sent que l’on a beaucoup plus d’énergie et de capacité physique qu’à la fin de la côte Atlantique: on avance bien.
On sort d’Agadir par le boulevard Mohammed V qui est prolongé par la R105, une route large avec beaucoup de voies mais aussi beaucoup de circulation. Elle se parcourt plutôt bien à vélo. On enchaîne beaucoup de petites bourgades ; c’est très urbain. L’architecture et les couleurs ont beaucoup changé depuis la côte: les bâtiments sont roses/rouges et semblent plus neufs ; c’est très joli.
Au fur et à mesure de notre avancée en direction d’Aït Baha, le trafic diminue. La route est un faux plat montant. Mais on ne le sent pas trop grâce au léger vent qui, une fois n’est pas coutume, pousse avec nous. On se fait la réflexion que les villes sont assez propres (pas de déchets sur le sol) jusqu’à croiser une immense décharge sur le bord de la route. On imagine qu’ils ont un système de collecte dans la région et que tout arrive ici. Depuis longtemps, on voit les montagnes en toile de fond se rapprocher… On se ravitaille à Imi Mqourn parmi les impressionnantes carrières, puis c’est l’heure de la montée.
D’Imi Mqourn à Aït Baha
On attaque notre première montée (300m D+ sur 6km). On bivouaque en haut, en une journée on a déjà atteint une altitude plus élevée que pendant toute la descente de la côte atlantique. L’altitude apporte du froid le matin auquel on n’est pas habitué, mais c’est aussi beaucoup plus sec. Pour la première fois, bâches de tente et de vélo ne sont pas trempées! On se remet à rouler dans la direction d’Aït Baha, ville autour de laquelle il est apparemment interdit de bivouaquer à cause de son lac de barrage.

La ville est très jolie, coincée entre les collines. Elle nous fait d’ailleurs penser à nos stations de montagne. Ça grimpe fort jusqu’à arriver au lac de barrage.
L’endroit est magnifique et ressemble à une station balnéaire, mais il est interdit de se baigner dans le lac, dommage!
D’Aït Baha à Tizourgane
Après avoir longé le lac en remontant l’un de ses cours d’eau, deux choix s’offrent à nous:
- Continuer sur la R105 en bon état qui contourne la vallée de la rivière en passant par au-dessus et en traversant… A priori pas grand-chose.
- Ou suivre la route non numérotée qui passe par la vallée en longeant le cours d’eau et en traversant les villages.
On hésite car on ne connaît pas l’état de cette 2e route, mais à l’intersection, on croise une famille de Français en voiture qui a le même dilemme, et on se convainc mutuellement de prendre cette deuxième option. On se dit que si on les voit faire demi-tour, on saura! (Elle fait 25 km contre 34 pour la nationale, et 100 m de dénivelé de moins). Ça grimpe énormément et on peine à avancer, mais on traverse de très très beaux paysages, et on observe d’immenses troupeaux de chèvres sur les pentes abruptes des montagnes, dont certaines montent sur les arganiers pour en manger les feuilles. Les points de vue exceptionnels sur les vallées s’enchaînent jusqu’à rejoindre la R105 et à arriver près de Tizourgane.
De Tizourgane à Tafraoute
L’arrivée près de la kasbah de Tizourgane est à couper le souffle!
On a devant nous des paysages qui n’ont rien à envier à l’Ouest américain: messah rouge à gauche, le majestueux massif du Djebel Lekst en pierres noires à droite (qui nous rappelle les Pyrénées) et au milieu, une vallée tirée tout droit du Seigneur des Anneaux avec en son centre la kasbah Tizourgane.

C’est un petit ksar restauré en maison d’hôtes qui domine la vallée sur une butte. Whaou! Les paysages qui déroulent ensuite devant nos yeux sont également splendides. Les montées-descentes s’enchaînent jusqu’au rond-point d’Aït Abdallah où nous avons un nouveau choix à faire:
- Continuer notre traversée de l’Anti-Atlas vers le nord
- Faire un détour en passant par Tafraoute, qui implique un aller-retour à partir de ce même rond-point et une descente (donc une remontée) de 600 m de dénivelé.
Nous choisissons cette deuxième solution et partons pour une des descentes les plus majestueuses de notre voyage, jusqu’à Tafraoute, la perle de l’Anti-Atlas.
👉 Retrouvez ici notre article sur Tafraoute
L’Anti Atlas: De Tafraoute à Ouarzazate à vélo
De Tafraoute à Igherm

Pour repartir de Tafraoute et éviter l’interminable remontée qui nous aurait pris une journée pas plaisante, nous décidons de prendre un taxi pour rejoindre le rond-point d’Aït Abdallah (150 dhs, négocié avec l’hôtel). À peine ce rond-point dépassé, on découvre dans la vallée des centaines d’amandiers en fleurs, ce qui est très surprenant dans un paysage aussi désolé.
On passe par quelques villages qui semblent étrangement assez déserts. Au fur et à mesure des kilomètres, on découvre des paysages de plus en plus impressionnants et grandioses.
Après Aït Abdallah, on enchaîne toujours les montées et descentes, au milieu du désert. La route serpente entre d’immenses collines formées de roches/graviers… Le coin n’est pas du tout touristique et on a du mal à trouver une épicerie ouverte (au point de devoir demander de l’eau à deux Hollandais en camping-car qui nous dépannent gentiment).

La route R106 est magnifique jusqu’à Igherm. C’est une bourgade que l’on n’a pas du tout trouvée charmante, mais qui a l’avantage de nous permettre de nous ravitailler.
De Igherm à Taliouine
On quitte Igherm vers l’Est par la R106 toujours, une forte montée à travers un paysage rocailleux noir sur une route à flanc de montagne. (Mais de moins bonne qualité: on retrouve les nids de poule). La vue sur la plaine du Souss et les montagnes de l’Atlas est magnifique. On passe notre plus haut col jusque-là : 1 895 mètres.
Peu de temps après, on débute l’immense descente jusqu’à Taliouine: presque 800 mètres de D-. Le paysage est très sombre avec une ambiance austère, mais toujours superbe. La R106 sur laquelle on roule toujours est ici en mauvais état et la pente est très raide au début, mais ensuite, la pente devient douce (-1 ou 2%), ce qui nous permet de filer sans effort. On suit la rivière au creux d’une vallée. Du fait des intempéries, la route semble s’être (en partie) effondrée. On traverse donc des portions dans l’eau, dans les cailloux ou la terre, en enchaînant les micro-déviations de route. Évidemment, c’est toujours aussi grandiose. La longue descente se termine 15km avant Taliouine, où on récupère la nationale.
De Taliouine à Ouarzazate
Taliouine est l’occasion de faire une pause et de se ravitailler. La contrepartie de la grande descente précédente… C’est la grande montée qui nous attend en sortie de Taliouine en 2 parties en suivant la N10: d’abord 450 m de D+ sur 8 km, puis 350 m de D+ sur 11 km, aïe!

Entre les deux, il y a quelques villages, mais on retrouve vite les paysages désertiques lors de la 2nde montée, avant d’arriver sur d’immenses plateaux, qui s’enchaîneront entrecoupés de descentes jusqu’à Taznakht. Les plateaux d’altitude sont magnifiques, avec d’un côté la vue sur les montagnes de l’Atlas et de l’autre sur l’Anti-Atlas.
En descendant, on retrouve la civilisation et donc les nombreux déchets qui vont avec ; c’est dommage… À Taznakht, ville des coopératives de tapis, on quitte la nationale pour une route plus petite et plus directe en direction d’Ouarzazate. Après une montée sur une portion caillouteuse et sombre, on serpente entre les collines en longeant des oueds, très sympa. Plus que deux grosses montées (d’environ 200 mètres chacune) puis ça descend jusqu’à Ouarzazate. Malgré cela, on y arrive épuisés car c’est le retour du vent de face… (On avait perdu l’habitude de vérifier la météo avec le temps splendide de l’Anti-Atlas… grosse erreur). Nous voilà arrivés à Ouarzazate, des étoiles plein les yeux après notre passage dans l’Anti-Atlas.

L’Anti Atlas à vélo, c’est une expérience à vivre. Un dépaysement total, des paysages à couper le souffle, une étape physique qui nous a poussés à nous dépasser, c’est le Maroc qu’on espérait sans vraiment savoir ce qu’on attendait. On a rarement été si ébahis devant des paysages, et se dire qu’on est arrivés là à la force de nos jambes, c’est juste incroyable!
Après la côte atlantique, c’est un voyage à vélo totalement différent que l’Anti-Atlas nous a offert! Une nouvelle page qui se tourne dans notre voyage à vélo au Maroc.

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